La force d'un sourire


Il était une fois, un tout petit monsieur qui vivait dans une toute petite maison, dans laquelle il avait un tout petit lit et un tout petit bureau.

Un jour, alors qu'il était allé s'asseoir sous un banc dans un jardin public (il était trop petit pour s'installer dessus), une fillette qui jouait avec sa poupée lui avait offert

un sourire. Il s'était retourné, surpris, habituellement, personne ne le voyait jamais, il rentrait chez lui avec son tout petit parapluie en faisant bien attention à ce que personne ne l'écrase. Mais là, une petite fille s'était retournée et elle lui avait souri.

Le lendemain matin, en se réveillant, il avait eu l'impression que son lit avait rapetissé pendant son sommeil. Ses pieds dépassaient. Son pantalon et sa veste aussi étaient plus petits, il avait un peu pesté. Et puis, dans la rue tout lui avait semblé différent. Oh, pas beaucoup, il y avait toujours la boulangerie à l'angle avec ses bonnes odeurs de viennoiseries, le vendeur de journaux et son gros chat posé sur un tas de quotidiens, et pourtant, les travailleurs pressés ne lui faisaient plus peur, ils semblaient l'éviter. Même le pigeon avait changé de trottoir. Dans le jardin public, son banc était occupé par un corbeau, alors il s'était assis au pied d'un arbre. La petite fille était là, en grande discussion avec sa poupée aux boucles rousses. Comme la veille, elle avait regardé le tout petit monsieur et lui avait souri. Cette fois-ci, il lui avait retourné son sourire. Heureuse, elle s'était levée d'un bond et elle avait rejoint sa maman, saisissant son poignet et la tirant pour qu'elle se lève. Quand le tout petit monsieur avait compris qu'elles marchaient dans sa direction, son cœur s'était mis à battre à toute allure. Il aurait voulu se lever et partir en courant, mais il était resté pétrifié. « Bonjour monsieur », lui avait dit la mère. C'était une femme de taille moyenne, de grands yeux bruns, elle avait des taches de rousseur sur le nez. « Ma fille aimerait vous convier à son goûter d'anniversaire ici même demain. ». Le tout petit monsieur avait senti de toutes petites larmes monter, il avait esquissé un sourire timide et bafouillé, à peine compréhensible « je serais honoré de me joindre à vous ».

Le lendemain, le tout petit monsieur n'était plus tout petit du tout, d'ailleurs il avait dû dormir au sol avec des couvertures devenues trop petites pour lui. Il ne rentrait plus dans aucun de ses vêtements. Quand il passa devant le vendeur de journaux, celui-ci le salua : « Vous êtes nouveau dans le quartier ? » demanda-t-il. Le chat ne lui faisait plus peur, ni les pigeons ou les travailleurs. Le tout petit monsieur ressentait un chatouillement dans son cœur et plus il souriait et plus le chatouillement lui donnait envie de sauter, de danser et autour de lui les passants s'arrêtaient et lui souriaient. Et il grandissait, grandissait. Quand il était arrivé au jardin public, la fillette avait couru vers lui, elle avait posé ses pieds sur les siens pour qu'il la transporte jusqu'à sa mère.

Il avait suffi à ce tout petit monsieur d'un sourire pour qu'il retrouve confiance. Un seul sourire et il était redevenu grand, et la joie qu'il ressentait était devenue contagieuse et plus il souriait, et plus il grandissait à l'intérieur de lui, et plus les personnes qu'il croisait grandissaient elles aussi. Plus jamais il ne serait petit car il avait découvert qu'il avait toujours été grand à l'intérieur.

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